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| La Revue de lAssociation canadienne de soudage | |
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Il ny a pas deux soudures didentiques
Par Cheryl Rego Syncrude Canada Ltd. est le plus vaste producteur au monde de pétrole brut tiré des sables bitumineux. Le succès est toujours agréable et les soudeurs de lentreprise constituent un élément essentiel de la capacité de lentreprise à approvisionner les Canadiens en pétrole brut Syncrude Sweet Blend (SSB). Jim Mitchell est bien conscient des défis auxquels font face les soudeurs de Syncrude. Il est lingénieur métallurgiste principal de Syncrude à Fort McMurray, en Alberta, et il voit des étincelles depuis 14 ans ! Selon lui, être expert dans un seul domaine ne suffit pas. « Le plus gros du soudage fait sur place en usine repose sur un procédé parmi tant dautres. Les soudeurs deviennent hautement spécialisés en général pour des processus multiples. Par exemple, pour léquipement sous pression, nous disposons de cent soudeurs inscrits dans notre système. La plupart dentre eux peuvent souder en ayant recours à plus dun procédé », observe-t-il.
Un défi constant sur le terrain réside dans les températures extrêmes qui sont typiques du travail dans cette industrie. « On sefforce autant que possible déviter de souder dans des conditions très froides », fait remarquer M. Mitchell. « Lorsque les températures de soudage sont basses, il savère difficile de prévenir une fracture et dassurer la qualité de la soudure. Et, ajoute-t-il, dans la majorité des cas, la zone de travail sera recouverte dune tente et chauffée. Nous essayons dajouter de la chaleur pour élever la température de la pièce à souder. Il nous est arrivé à loccasion de concevoir de très grandes tentes. Il sagit en quelque sorte de « chauffer et clôturer », méthode appelée en anglais « heating and hoarding ». Dans les cas extrêmes, il est impossible dexécuter convenablement un joint soudé. Nous avons alors recours à la correction de soudure temporaire. Par exemple, vous utilisez un métal dapport en acier inoxydable pour essayer de faire tenir un joint afin quil résiste à la fissuration pendant un certain temps », explique-t-il. M. Mitchell se rappelle que la zone la plus vaste quon a dû « chauffer et clôturer » mesurait environ la moitié dun acre. « Nous avions été forcés de fermer lune des usines dhydrotraitement au beau milieu de lhiver en raison dune situation durgence. Des échafaudages avaient alors été montés tout autour de la zone, qui avait ensuite été recouverte et chauffée afin de faire fondre la glace et créer un environnement de travail sûr autour de léquipement endommagé. Dans ce dernier cas, il sagissait de dommages importants, mais il nous a fallu seulement 60 jours pour exécuter les réparations et remettre lusine en état de fonctionnement », a-t-il déclaré.
Si la tâche consiste parfois à élever les températures, il arrive parfois que les températures plus basses sont accueillies avec joie. M. Mitchell a expliqué que lorsque le soudeur travaille dans des conditions de température élevée, son confort est dune importance capitale. « De plus, a-t-il confié, il existe certains défis métallurgiques. En effet, nous soudons dans des températures de préchauffage très élevées. Nous essayons donc de réduire au minimum leffet de la zone affectée par la chaleur qui pourrait dégrader les propriétés de la soudure, surtout pour les métaux de base comportant des aciers faiblement alliés. Cela peut se justifier dun point de vue technique si vous faites une réparation temporaire. Cependant, la plupart ne sont pas temporaires. Autant que possible, nous tenons à ce que la réparation soit permanente. » Selon M. Mitchell, environ 80 p. 100 du soudage effectué à Syncrude relève du domaine minier. Le plus gros de ce soudage correspond au rechargement et à la remise en état du matériel dexploitation minière. Le reste consiste en une combinaison de soudage de léquipement structurel et du matériel à pression dans les trois autres secteurs dexploitation de lentreprise. « Les défis entourant le rechargement sont surtout dordre économique. Avec le soudage du matériel utilisé pour lexploitation minière, un coût de soudage vient sajouter au coût lié au temps darrêt du matériel. Nous avons amélioré de beaucoup le rendement du matériel réparé par rechargement et la productivité au chapitre des revêtements. « Lorsque Syncrude en était à ses premières armes, les dents des godets des pelles à benne traînante se déformaient au bout de huit heures environ. Ces dents étaient alors remplacées par de nouvelles et envoyées à latelier pour y être soudées », a précisé M. Mitchell. Au cours des cinq premières années dexploitation, de nombreuses améliorations ont été apportées. « Nous disposons maintenant de dents qui durent beaucoup plus que quelques heures. Elles résistent pendant des centaines dheures, elles sont plus faciles à retirer et elles ont la forme appropriée pour le creusage », a-t-il ajouté. « Un autre défi entoure le matériel dexploitation minière. En effet, il est reconnu pour sa grande prédisposition à la fissuration par fatigue. Nous avons été en mesure de combattre les défaillances attribuables à la fatigue grâce au profilage, en ayant recours à un métal dapport à la soudure à haute résistance ou en modifiant les joints complètement. » M. Mitchell a précisé que les ingénieurs et les chercheurs de Syncrude travaillent darrache-pied afin de concevoir de meilleurs procédés dans les trois principaux domaines suivants :
M. Mitchell a fait remarquer que, bien que certaines des recherches soient effectuées à Syncrude, lentreprise fait appel à son vaste réseau industriel pour partager et acquérir linformation. Le rechargement sert à résister à labrasion ou à lérosion élevée qui touche léquipement au sol. Les recherches de Syncrude portant sur les matériaux résistant à labrasion sappliquant au revêtement sont en grande partie menées dans son Centre de recherches dEdmonton, de concert avec les services dexploitation minière et dextraction de Syncrude. Dans certains cas, les activités du volet recherches et développement sont réalisées à lextérieur de lentreprise par lentremise de projets conjoints parrainés par lindustrie.
Pendant le cycle de transformation, le minerai est extrait du sol, puis transporté par camion vers un concasseur et ensuite un crible ou tamis. Le crible est en fait une plaque trouée. Afin que les concasseurs et les cribles durent plus longtemps, dans les deux cas on leur applique un revêtement par soudage ou par fusion. Les revêtements par soudage consistent en des couches métalliques soudées directement sur le substrat. Le procédé de soudage à haute température forme une liaison moléculaire avec le métal de base, alliant essentiellement le revêtement et le substrat à linterface. Il en résulte un revêtement durable offrant une excellente résistance à lusure par gougeage dintensité élevée. Le procédé de rechargement par projection et fusion constitue un développement assez récent. Le processus de fusion donne lieu à des niveaux de chaleur élevés dans la pièce, semblables aux températures de brasage ou supérieures à celles-ci (de 1600 à 2000 °F environ). Louvrage devant faire lobjet dun revêtement doit pouvoir résister à de hauts niveaux de chaleur sans aucun risque de déformation. Comme pour tout procédé où deux métaux sont structurellement liés, il faut tenir compte de la compatibilité des métaux. Certains matériaux ne font pas bon ménage avec dautres. De plus, les coefficients dexpansion du substrat et du revêtement doivent être semblables pour éviter la fissuration et le gauchissement lorsque les pièces refroidissent. Selon Mitchell, dernièrement Syncrude a déployé beaucoup defforts pour étudier lutilisation du carbure de tungstène comme mode de rechargement amélioré. Une pièce revêtue de carbure de tungstène peut sadapter aux conditions dusure les plus intenses. Elle peut résister à une chaleur extrême tout en résistant à labrasion. « Nous mettons toujours à lessai des innovations faisant appel au carbure de tungstène et nous tentons de les améliorer dans la mesure du possible », a-t-il confié. Les recherches de Syncrude portant sur le carbure de tungstène se sont étendues pour englober une initiative de lindustrie en collaboration avec dautres entreprises et ont fait appel à la participation de divers organismes, dont le Conseil national de recherches du Canada, et de chercheurs universitaires. Nous partageons pas mal dinformation et, en retour, nous bénéficions largement de ces initiatives conjointes au sein de lindustrie », a déclaré M. Mitchell.
Le soudage de matériaux affectés par le niveau de service constitue un autre défi pour les activités de Syncrude. Dans certains cas, les matériaux à souder ont subi des altérations. Les plus courantes de ces dégradations tiennent à la corrosion, à la fragilisation par l'hydrogène et au degré de service à haute température, qui peuvent tous se traduire par un certain nombre de changements structuraux dans le matériau. « Les pratiques de soudage normales ne sappliquent pas », a expliqué M. Mitchell. « Vous devez comprendre le matériau et le mécanisme des dommages. Lorsque le soudage simpose, le procédé peut devenir un exercice parmi tant dautres, tous aussi différents les uns que les autres. » M. Mitchell a fait remarquer quil est facile de trouver des exemples de défis entourant des matériaux affectés par le degré de service. « Nous possédons des appareils à pression qui ont plus de 25 ans. Mentionnons à titre dexemple le soudage des aciers faiblement alliés qui ont été assujettis à un service à haute température tout ce temps. Les propriétés de lacier sont altérées au point où il ne répondrait plus aux spécifications originales du matériau. Il faudrait donc en tenir compte dans la réparation par soudure et, dans la plupart des cas, lexigence en matière de soudure du code de construction original ne pourra être observée. » La construction originale de lusine de Syncrude exigeait que certains aciers répondent à lessai de ténacité réalisé à -50 °F. À lépoque, certains fabricants dacier se conformaient à cette exigence en augmentant le contenu en manganèse jusquau maximum permis, dautres éléments tels que le carbone étant également employés en quantité abondante. Cela augmentait considérablement léquivalent en carbone de ces aciers et, si vous appliquez le procédé de soudage normal, vous élevez du même coup la menace de fissuration à froid. Les aciers hautement résistants peuvent maintenant être obtenus sur le marché bas de gamme pour les équivalents en carbone. M. Mitchell a déclaré que cela a joué en leur faveur. Un autre défi se présente lorsque le matériau a été aminci en raison de la corrosion ou de lérosion. Daprès M. Mitchell, dans un tel cas, la préparation de la surface prend toute son importance et on procède alors au sablage ou au broyage. « Dans le cas où le matériel corrodé est chargé dhydrogène, on a recours à des procédés de présoudage comme le dégazage thermique (étuvage) ou à laugmentation du préchauffage. Cependant, fait-il remarquer, on doit faire preuve de prudence dans lemploi de ces procédés. Il faut faire attention avec le préchauffage. Tout dépend du soudage utilisé. Certains hydrogènes toujours présents dans le métal de base peuvent migrer vers la soudure si la température de préchauffage est trop élevée. Une trop grande quantité dhydrogène peut entraîner la fissuration. Dans des applications critiques, des procédés de soudage à très basse teneur en hydrogène sont employés. Le soudage le plus efficace seffectue à la plus basse température de préchauffage pouvant être tolérée. De plus, nous veillons au maintien de la température de soudage pendant un certain temps, en général deux heures. » Plusieurs de ces techniques sont prescrites par le code dinspection du National Board à légard du matériel en service. Le troisième aspect qui pose des difficultés est lié au soudage dentretien, aussi connu sous le nom de soudage sous tension. Il sagit ici de lentretien de léquipement alors quil est en service. « Lorsquune pièce déquipement devient mince à un point critique, nous fixons souvent une autre enveloppe sous pression tout autour de la pièce. On lui donne pour nom boîte détanchéité et son rôle est le même que celui de lappareil à pression. Léquipement peut finir par se trouer, mais nous pouvons continuer de fonctionner. Nous en avons fixé sur à peu près tout, depuis les systèmes à vapeur jusquà la tuyauterie dusage industriel de lusine. La fixation des boîtes détanchéité demande une conception avec le plus grand soin et le plus haut degré de compétences de la part du soudeur, qui doit contrôler la profondeur de pénétration tout en composant parfois avec des températures de préchauffage élevées ou tout en soudant malgré les vibrations du matériel », ajoute M. Mitchell. « Par exemple, si la conduite de vapeur fuit et que nous pensons pouvoir installer en toute sécurité une boîte détanchéité, nous ferons appel à nos ateliers pour préfabriquer la boîte détanchéité. Elle est en général installée en deux moitiés, que nous ajustons par-dessus lendroit de la fuite. La vapeur ou les gaz qui séchappent sont évacués à laide dun ajutage et dune vanne. On obture la boîte détanchéité en la soudant et la vanne est ensuite fermée. » Chaque jour amène de nouveaux défis en matière de soudage. M. Mitchell en aurait long à raconter, mais un événement en particulier vaut la peine dêtre décrit. « Pendant la réparation dun tuyau de sortie dun appareil de reformage du méthane à la vapeur, nous avons constaté que lorsque nous essayions de le souder, le tuyau se fissurait immédiatement. Il avait été en service pendant trois ans avant les réparations. Les raccords fortement alliés étaient devenus altérés sur le plan métallurgique et le soudage sétait accompagné de fissures en raison de la liquation. Ce qui se produit cest que, pendant le soudage, une partie du métal de base adjacente à la zone de soudure fond, souvre et laisse une fissure. Lorsque la soudure se solidifie, elle est solide mais le matériau adjacent est fissuré », explique-t-il. « Nous disposons dun laboratoire métallurgique sur place et nous avons pu détecter cette faille dans un délai de deux jours environ. Le laboratoire a proposé un procédé de traitement thermique qui conditionnerait lextrémité du tuyau que nous tentions de souder. À lépoque (en 1991), nous ne savions pas ce qui causait cette fissuration par liquation. Notre laboratoire métallurgique maison nous a été dun grand secours. Lindustrie a compris depuis à quoi nous avions affaire, mais nous comptons parmi les premiers à avoir signalé ce phénomène dans le cas de ces alliages. Depuis lors, nous avons partagé cette information avec bon nombre dintervenants de lindustrie. » En écoutant les propos de M. Mitchell, il ne fait aucun doute que le soudage à Syncrude nest pas fait pour les petites natures ni pour ceux qui aspirent à un travail routinier. Il nest pas facile dembaucher des soudeurs, car lentreprise fait face à la même pénurie de main-duvre qui frappe la plupart des industries. Un partenariat a été conclu avec le collège Keyano, à Fort McMurray, pour tester le rendement des soudeurs, permettant ainsi à ces derniers de pratiquer différents procédés et méthodes. Quant aux soudeurs déjà au service de Syncrude, les défis quils rencontrent au quotidien leur permettent dapprendre quelque chose de nouveau tous les jours.
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